Yves Gunder refuse de donner sa photo, pour ne pas rejoindre le choeur des "experts auto proclamés" qui interviennent sur tout et rien. Ca vous donne une idée du caractère de ce personnage, médecin du travail, qui anime donc en toute logique un groupe consacré à la santé au travail. Pour Maman Travaille, (donnez-moi 1€ à chaque fois que je dis travail !) il a accepté de nous livrer, en profondeur, son analyse du triste phénomène des suicides chez France Telecom (encore un hier...) et ailleurs et, surtout, de nous expliquer comment prévenir les prochains.
Entretien à lire attentivement pour la pertinence et la précisions des réponses.
Maman Travaille: Qu'est-ce qui peut amener un salarié à se suicider ? Connait-on les raisons qui les poussent à ce geste ?
Yves Gunder: Un salarié va être amené à penser le suicide comme la seule «issue» ou
la seule façon d'appeler au secours de façon efficace;
il ne voit plus
d'autre issue ni dans la fuite, ni dans la lutte, le combat qui tous
deux demandent plus de force, d'énergie.
Le
«raptus» auto-agressif
apparaît comme une solution plus «facile» dans l'état d'épuisement et
de détresse dans lequel il se trouve le plus souvent.
Puisque la
construction d'une alternative se heurte à l'abattement de la personne,
le geste auto-agressif est perçu comme le seul permettant de sortir du
blocage.
L'épuisement professionnel ou
burn-out, qui est une
forme
sévère de dépression et peut conduire à l'idée de mort, explique donc
en grande partie la susceptibilité d'un salarié à l'idée d'intenter à
ses jours.
Ce
burn-out est toujours la
conséquence d'un stress
chronique, intense et prolongé: surcharge exagérée de travail,
mauvaises conditions de travail, faible soutien social au sein de son
collectif de travail, perte de sens, perte du sentiment d'utilité,
management «agressif», manque de reconnaissance, changements trop
brutaux et non explicités induisant une perte des repères, objectifs
impossibles à tenir ou ordres contradictoires... sont autant de causes
possibles (et qui peuvent se cumuler) d'un «ras-le-bol»
qui finit jour
après jour par miner les résistances jusqu'à conduire à l'idée de
suicide.Maman Travaille: On parle beaucoup de France Télécom (26 suicides en quelques mois)
mais la situation est tout aussi dramatique dans d'autres structures. Y
a-t-il des entreprises qui cultivent un "terreau favorable" au suicide ?
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