" Puis on nous a annoncé qu'il était handicapé, mon emploi du temps est devenu celui d'un ministre, à jongler avec les rendez-vous chez les thérapeutes. J'ai eu besoin de m'arrêter un peu car je n'arrivais plus à supporter les problèmes de mes clients qui me semblaient insignifiants... mais je voulais travailler, pour moi ce n'était qu'une pause histoire de reprendre pied. "
1.Pouvez-vous résumer, en 4 à 5 lignes, votre parcours professionnel ?
Oh ! C'est un drôle de parcours, auquel ma formation d'historienne de l'art ne me destinait pas : d'abord les jobs étudiants, l'usine, l'hotellerie de luxe en alternance avec la librairie, puis quand vraiment il a fallu chercher un travail serieux : l'immobilier, d'abord commerciale et aujourd'hui, gestionnaire locative. Tout ca en moins de 10 ans. J'ai un tempérament très curieux, qui fait que j'ai trouvé un plaisir dans chacun de ces métiers.
2. Quel est votre travail actuel, en quoi consiste-t-il ?
Je suis gestionnaire locative, c'est à dire que je m'occupe de tenir la comptabilité, mais aussi de régler tout un tas de problèmes au quotidien (ca va du fusible à changer au dégât des eaux) avec les locataires. C'est un travail très administratif mais agréable et gratifiant car on a contact avec les propriétaires et les locataires et des relations se nouent. Le revers de la médaille c'est le stress car quand il y a un problème, c'est forcément notre faute ! Le plus difficile reste les relances pour impayés quand on sait les difficultés des familles...
Mais j'aime beaucoup mon metier !
3. Comment l'avez-vous trouvé ? (annonce, chasse, réseau, création)
J'avais déjà travaillé dans ce cabinet, j'en étais parti pour faire mon expérience ailleurs. Un jour, le patron, avec qui j'étais resté en bons termes m'a débauché pour que je rejoigne son équipe.
4. Votre congé maternité a-t-il changé quelque chose dans votre approche du travail ? (pause, reconversion, marre de tout, aménagement des horaires ?)
Après la naissance de mon ainé, j'ai repris le travail dès la fin du congé maternité, avec plaisir et sans remord de le laisser chez une nourrice. Grace au congé parental, j'avais pu reprendre mon travail à temps partiel (80 %) et j'avais organisé mon emploi du temps et celui de la nounou de façon à avoir du temps libre POUR MOI (une aprés-midi par semaine, et un heure les autres soirs).
Puis on nous a annoncé qu'il était handicapé, mon emploi du temps est devenu celui d'un ministre, à jongler avec les rendez-vous chez les thérapeutes.
J'ai eu besoin de m'arrêter un peu car je n'arrivais plus à supporter les problèmes de mes clients qui me semblaient insignifiants... mais je voulais travailler, pour moi ce n'était qu'une pause histoire de reprendre pied.
Mais ma nounou m'a laché (la peur ? la pression de la pmi ? je ne saurai jamais). J'ai du prendre un congé de présence parental pour enfant malade pour m'en occuper. Cette période a été difficile car elle n'a pas été choisi mais imposée...
J'ai repris le travail après mon congé maternité pour ma cadette. Un peu par obligation (j'arrivais au bout du congé pour enfant malade) , mais surtout par besoin. J'avais vraiment besoin de faire autre chose, que ma vie ne tourne pas autour de mon fils et des ses soins. J'ai repris le chemin du travail avec bonheur. J'ai la chance que mon patron soit compréhensif, j'ai pu aménager mes horaires pour continuer d'amener mon fils chez ses thérapeutes.
J'ai réussi à retrouver une nourrice qui n'ai pas peur de le garder (et ca a été très difficile) et je me suis organisée avec les grands-mères pour qu'elles le garde et qu'elle l'amene faire sa kiné.
Le camsp (la structure de soins qui l'accueille) voyaient d'un très mauvais oeil que je retravaille, pour eux c'était impossible à concilier (bonjour la culpabilisation...).
Pourtant aujourd'hui, je suis contente, travailler me fait du bien, meme si je suis crevée, je me sens maman, pour mes 2 enfants et non plus l'aide-soignante incapable de mon fils. Retravailler m'a permis de retrouver ma place et ma maternité un peu différence d'apprendre à BEAUCOUP relativiser mes soucis de boulot.
5. Comme dirait Laurent Fabius: Qui garde les enfants ? Comment avez vous trouvé ce mode de garde ?
Ma fille est gardée par une nourrice, 4 jours par semaine (je ne travaille pas le mercredi car j'y cale les rendez-vous).
Mon fis est gardé en alternance par les grands-mères (deux jours chacune) et la nounou de ma fille va commencer à le prendre un peu (on va faire une adaptation très longue) dès que la place sera disponible.
C'est très important qu'il soit pris en charge par une nourrice, car il n'entrera certainement pas à l'école l'année prochaine (il aura trois ans) ou alors à un temps très partiel ! Elle va donc etre amenée à le garder longtemps. On n'y pense pas mais quand on a un enfant handicapé ce n'est pas forcement le handicap le plus difficile au quotidien (mon fils n'est pas malade ni fragile, juste handicapé, il est comme ça, c'est normal pour moi) mais toute l'organisation qui demande une énergie considérable (sans parler des frais .. la paje diminue quand meme pour son 3eme anniversaire et l'aide pour son handicap ne couvre pas tout, loin de là).
J'ai eu beaucoup de mal à trouver cette perle rare : les nounous contacter par le biais de la PMI et du RAM, soit ne me rappelaient pas, soit étaient génées mais trouvaient une excuse pour dire non. Quand ce n'est pas la puericultrice qui les encadrent qui met le hola en pretextant qu'il faut une formation spéciale pour s'en occuper...
J'ai rencontré la puericultrice de la ville en charge du handicap mais dans les crèches, on ne me proposait qu'un temps partiel (2 h par semaine) pour le sociabiliser uniquement (car sinon elle disait que c'était trop long et que de toutes facons il avait tous ses rendez-vous), avec les bébés (vu que ses capacités motrices sont équivalentes à celles d'un enfant de 3 mois), sur liste d'attente bien sûr, mais surtout sur la base du volontariat du personnel de la crèche (comment arranger à sa sauce la loi handicap de 2005 ! ).
J'ai rencontré les directrices de crèches mais elles me renvoyaient à la puer en question.
Quand à la solution de la garde à domicile, c'était innaccessible financièrement.
Un peu désabusée, j'avais deux choix : passer en force, me bagarrer ou laisser tomber et espérer de trouver une nounou compréhensive. J'ai opté pour la deuxième solution : j'ai laissé des messages sur les forums internet de ma ville (enfant, maman, nounou) et j'ai réussi à trouver quelqu'un qui me convient, et qui en plus est près de mon travail ( d'ailleurs j'en profite pour remercier les autres nounous qui se sont manifestées, j'ai était très touchée)
6. Comment répartissez-vous les tâches entre vous et leur père ?
J'ai la chance que mon compagnon fait plein de choses : le ménage, la vaiselle, les courses (surtout les courses, je déteste faire les courses). Le quotidien est partagé entre nous deux.
Pour le soin des enfants, il leur fait prendre le bain, je leur prépare à manger et je leur donne à manger, on les habille, il joue, je leur fais faire des activités.
Quand aux soins de mon fils, c'est l'un ou l'autre, j'ai plus tendance à l'ammener chez les thérapeutes car j'ai aménagé mon travail en conséquence.
Mais comme disent les africains, "il faut un village pour élever un enfant", c'est encore plus vrai quand l'un deux est handicapé. Les taches ne sont pas réparties juste entre le papa et moi, mais on sollicite toute la famille (grands-parents, oncles, tantes, neveux, marraine) et on a la chance qu'ils répondent présents ! Car s'occuper de mon fils est chronophage et on a vraiment besoin de ces petits sas.
7. Faites-vous partie de réseaux ou de clubs de femmes qui travaillent ?
Non, je n'ai vraiment pas le temps, surtout qu'on a créé une association autour de notre garcon (www.guillaumeetnous.org) (encore une activité chronophage tiens !). Pourtant j'aimerai bien, peut-etre plus tard, quand ma fille sera plus grande ?
8. Quel était votre premier job ?
Mon tout premier job c'était dans une blanchisserie, je passais des serviettes éponges dans une calandre d'où elles ressortaient pliées... toute la journée... le bout des doigts brulées.
Je savais que pour moi ca ne serait que temporaire, un job étudiant, mais je suis admirative des personnes qui y travaillent toute la journée. C'était fatiguant (les " 2-8", les horaires décalés) mais j'en garde un bon souvenir. Je me souviens que ca me semblait tellement "bizzare" comme activité, j'avais l'impression de rendre "service", je ne comprennais pas qu'on soit payé pour ça !
9. Quand j'étais petite, je voulais être...
Ecrivain ET dessinatrice ... que j'avais transformé pour faire les deux en "auteur de BD".
10. Seriez-vous prêt à aider les membres de l'association Maman Travaille ? (transmission d'offres d'emploi, mise en contact, conseils etc) Par exemple, avez-vous là comme ça tout de suite une petite idée ? (article qui vous tient à coeur, mise en relation de 2 personnes en particulier, un message à faire passer, envie de faire des cookies ?)
Oui, bien sûr, mais je n'ai pas beaucoup de temps ! mais il ne faut pas hésiter à me contacter !
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Des nouvelles de Guillaume, des activités de l'association et le blog de Maman :
http://www.guillaumeetnous.org
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Un don qui ne vous coûte rien : soutenez l'asso ici

Merci de ce témoignage et bon courage pour la suite!
Rédigé par : carla | mardi 17 novembre 2009 à 12:41
Hello,
J'ai moi aussi un garçon handicapé.
Son père ne voulait pas reconnaître qu'il était différent, alors que moi, qui m'en occupais plus souvent malgré mon poste de cadre dans une très grosse boite, m'apercevais bien qu'il avait bcp plus besoin d'aide qu'un autre enfant. Puis on a eu un 2e enfant, et on a divorcé.
J'ai traversé une (courte) période extrêmement difficile, à jongler entre :
- la rentrée en maternelle de mon grand pas adapté pour l'école,
- l'adaptation à la crèche de n°2 (parce qu'en plus de mon divorce, ma nounou est tombée enceinte... mon dossier est enfin passé sur le dessus de la pile des demandes de places en crèche ! Enfin une bonne nouvelle !)
- la mauvaise nouvelle de la directrice d'école qui ne voulait plus accueillir mon grand après les vacances de la Toussaint
- les démarches à entamer avec la MDPH (forcément sur les horaires de travail, puisqu'ils travaillent aussi en journée, comme tout le monde)
- la lutte pour le laissé scolarisé
- la prise en charge multi-thérapeutes à mettre en place
- les enfants qui ne faisaient pas leurs nuits
- un boulot à 1h de route de chez moi
- les grèves de sept-oct 2007
- un management pas compréhensif du tout...
Bref, une période de gros creux de vague.
Depuis, les choses sont entrées progressivement dans l'ordre...
Aujourd'hui, j'ai créé ma boite. Devinez dans quel secteur ? Les services à la personne, pardi ! C'est beaucoup de boulot, mais j'organise mieux mon temps, je peux bosser la nuit ;-)
Mon nouveau conjoint me soutient, et me réconforte quand ça ne va pas. J'y ai gagné 2 "beaux-enfants", ça fait une ptite colo à la maison, avec 4 enfants de 3 à 8 ans, et ça anime 2 week-ends par mois! Les autres week-ends, je souffle, je me ressource avec mon amoureux et je revis... !
Et pour finir, mon grand qui est en grande section va avoir besoin de moins d'heures d'AVS (assistante de vie scolaire), ce qui est plutôt positif concernant son évolution !
Je ne te mentionne pas toutes les culpabilités que le gens essaient de te refourguer... De mon côté, elles venaient aussi de la famille et ex-famille. Elles venaient également de mon management, alors que je faisais le max pour ne pas que ma vie privée empiète sur mon boulot. Un jour j'ai craqué au travail et je me suis dit qu'il était stupide de cacher ma mauvaise passe à mon manager, qu'il comprendrait mieux ma fatigue... eh bien ça a été tout l'inverse... Il m'a fait comprendre qu'il fallait que je priorise ma famille (mais qui est-il pour me dicter mes priorités ?) et il n'avait peut-être pas retenu le passage "fraichement séparée", peut-être n'a-t-il pas compris quand je lui ai dit que j'avais BESOIN de me changer les idées 9 heures par jour, et que le boulot était vital pour moi...
Enfin bref. Il faut du temps, du tempérament et du temps pour passer tout cela. Les choses entrent dans l'ordre tôt ou tard.
Je te souhaite plein de bonnes choses Angela, et plein de satisfactions personnelles et profesionnelles. C'est fou ce que ces ptits loups nous remplissent de bonheur au moindre progrès ! Les petits frères / soeurs les aident aussi à grandir.
Rédigé par : Rachel | mardi 17 novembre 2009 à 20:54