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Ce qu’Outreau nous a appris sur les droits de l’enfant

Certes, l'événement du jour, c'est l'élection de Jean-François Copé à la tête de l'UMP, mais c'est aussi la Journée internationale des Droits de l'Enfant. A cette occasion, Maman travaille vous propose de partager cette analyse de l'affaire Outreau, extraite d'Eloge de l'enfant roi (Ed François Bourin).

 

Comble de la malhonnêteté intellectuelle ou réaction grégaire de solidarité entre adultes ? Un individu lambda semble s’identifier plus facilement à l’adulte accusé qu’à l’enfant accusateur. La tendance actuelle est à rejeter en bloc et systématiquement, jusqu’à preuve du contraire, toute accusation de maltraitance, notamment sexuelle ; et à traiter d’emblée tout enfant qui prendrait son courage à deux mains pour dénoncer un abus… d’enfant roi[1] !

En matière de pédophilie, on est passé en un laps de temps très court de la « pratique normale » ou la politique de l’autruche (le terme « pédophilie » n’est apparu dans les écrits de scientifiques en Europe qu’à la toute fin du xixe siècle - début du xxe siècle, notamment sous la plume de Richard Von Kraff-Ebing[2]) à la condamnation généralisée des adultes côtoyant des enfants (les prêtres devenant tous pédophiles dans l’imaginaire collectif, à en croire le nombre de références qui y sont faites !) puis, de nos jours, à la réaction dubitative – voire la remise en question systématique – de la parole de l’enfant qui se dit victime. Dans Avatars et désarrois de l’enfant roi[3], on peut lire cette critique ironique et virulente de l’écoute accordée aux enfants dont on subodore qu’ils ont vécu des maltraitances sexuelles : « Tout enfant habité par des fantasmes, des symptômes, des conflits, ne peut être vu que comme maltraité […], car ces fantasmes, ces conflits, ne pourraient lui venir que de l’extérieur […] ou de comportements d’adultes à son égard. Il ne peut avoir inventé ça tout seul ! » Ainsi la mémoire des enfants ne serait-elle pas fiable au prétexte qu’elle « reconstruit le passé sous l’influence des croyances présentes, voire qu’elle peut entièrement fabriquer un souvenir[4] » ?

 

On l’a vu avec l’affaire d’Outreau, où l’on est passé d’un extrême à l’autre en l’espace d’à peine plus d’un an : d’un fantasme d’adulte à un autre, de l’enfant battu, maltraité, victime de viols en réunion à l’enfant pervers, affabulateur, l’enfant qui ment (forcément), qui en veut à l’adulte innocent (forcément aussi), et qui aurait le pouvoir de le jeter en prison d’un mot d’un seul. Avec, en filigrane, le procès des éducateurs, des assistantes sociales et des professionnels de l’enfance qui auraient recueilli les confidences des enfants. Et toujours cette référence à la pauvre Françoise Dolto, passée en trente ans dans les médias de gourou des parents à leur pire ennemie, comme si son fantôme attendait, tapi dans l’ombre, de débusquer ou d’inventer des enfants abusés ! Le journaliste d’investigation et ex-rédacteur en chef de l’AFP Jacques Thomet écrivait à ce sujet sur son blog : « Libres qu’ils étaient devenus de s’adonner à leurs coupables crimes depuis l’absolution d’accusés et la vindicte contre les petites victimes de sévices accusées de mensonges à Outreau, les pédophiles et incestueux vont affronter, via ce livre [de Cherif Delay], le retour du balancier après leur impunité démontrée, comme j’en ai la preuve dans le Nord où les policiers sont écœurés par ce constat. Il n’y a plus de procès contre les violeurs d’enfants dans le Nord depuis Outreau ! Oui, les pédophiles et les incestueux continuent plus que jamais de frapper en France, à cause d’une jurisprudence subliminale qui invoque Outreau dès qu’un enfant victime de viols, ou sa mère, ose dénoncer ces crimes devant la justice[5]. » On est donc passé d’une certitude (« La vérité sort de la bouche des enfants ») à une autre (« N’écoutez plus les enfants, souvenez-vous d’Outreau »), comme s’il ne pouvait pas y avoir de juste milieu

La suite l’a prouvé : le fiasco d’Outreau, c’était certes la condamnation d’adultes qui ont été emprisonnés (pour certains toujours), qui ont subi des épreuves que nous ne pouvons même pas nous figurer (perdant au passage femme, mari, enfants, maison, carrière, dignité et bien d’autres choses), et qui ont été finalement déclarés innocents par la justice. Mais le fiasco d’Outreau, n’est-ce pas aussi d’avoir voulu blanchir à tout prix d’autres adultes dont le comportement s’est avéré au mieux proche de la négligence, au pire relevant franchement de l’abus sexuel ?

Pas si incompétents que cela les éducateurs ayant cru déceler chez les enfants des traces d’abus sexuels par des adultes d’Outreau, puisque ce sont les mêmes qu’on a retrouvé quelques années plus tard au tribunal, accusés, preuves vidéo à l’appui, de mimer avec leurs enfants et des amis des actes sexuels en groupe. Les époux L. – ceux-là mêmes qui posaient en 2005 sur le perron de l’Élysée, honorés par la République en compensation d’une condamnation « à tort » – font parler d’eux en juillet 2011 lorsqu’ils comparaissent à nouveau devant la justice pour corruption de mineurs et violence habituelle sur mineurs.

En cause, non seulement des punitions corporelles extraordinairement disproportionnées –« rester des heures à genoux sur un balai, recevoir des coups de latte sur le bout des doigts[6] » et autres violences dignes des pires épisodes de New York, unité spéciale –, comme le rapporte le journal suisse Le Temps : « Les coups et les mauvais traitements subis par la fillette et le garçon [L.] sont, quant à eux, reconnus par leurs parents eux-mêmes. Les photos produites au procès montrent les blessures causées par des heures passées à genoux sur un balai en guise de punition. Des chambres aux lits défoncés et aux matelas trempés d’urine, sans poignée du côté intérieur mais munies de caméras de surveillance. Des clichés pour l’exemple, où l’on voit la petite fille avec une culotte sur la tête, souillée d’excréments[7]. »

Ont-ils voulu reproduire ce qu’eux-mêmes avaient vécu en prison, en prenant le rôle des gardiens ? Ont-ils été trop démunis pour prendre leur rôle de parent au sérieux ? Ont-ils été trop séparés de leurs enfants pour pouvoir créer un véritable attachement… ? Impossible à dire. Mais dans la recherche d’excuses et dans le triomphalisme légitime des acquittés, encensés, célébrés comme des héros par les mêmes médias qui les avaient exagérément fustigés quelques mois plus tôt, l’on oublie un peu vite que douze des enfants ont bel et bien été reconnus victimes de viol et que six adultes n’ont pas été acquittés par la justice.

Et la vérité judiciaire ne souffre pas la contradiction. Quand Cherif Delay, victime une première fois de viols, puis victime une deuxième fois de la négation de ce qu’il a subi, raconte aux médias le calvaire qu’il a enduré entre violences verbales, psychologiques, physiques et sexuelles, il est encore bâillonné par la justice qui lui interdit de donner sa version des faits en plateau. Un sort similaire sera réservé plus tard à Laurent de Villiers qui vient présenter son livre Tais-toi et pardonne[8] ! sur les plateaux de télévision, dans lequel il raconte les viols répétés de son frère dont il a été victime, mais dont la justice lui interdit de parler, son frère ayant à ce jour bénéficié d’un non-lieu. Les exemples ne manquent pas, et quand on pense au témoignage d’Emmanuelle Piet[9] du Collectif féministe contre le viol (CFCV), affirmant recevoir des appels de vieilles dames au sujet de viols dont elles ont été victimes durant leur enfance, quarante, cinquante, soixante, soixante-dix ans auparavant, on se dit que, décidément, il est sain que l’enfant ait accès à un téléphone, que les affiches barrées d’un énorme « 119 » (numéro d’Allô enfance maltraitée) se dressent à l’entrée des écoles et que l’enfant soit informé de ses droits dès le plus jeune âge, n’en déplaise aux pères Fouettard et aux pourfendeurs d’enfant roi.

Eloge de l'enfant roi marlene schiappa

Commentaires

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Agnès V.

Au sujet de la pauvre personne qui aurait perdu son travail et sa famille dans l'affaire d'Outreau, il faut savoir qu'en huis clos il a déclaré "JE SUIS COUPABLE" (voir rapport de l'Inspection Judiciaire, déclarations du Président d'Assises Monier)
Voir aussi quelques articles de Valandré sur le sujet: http://blogs.mediapart.fr/blog/valandre78/060611/lhuissier-doutreau-presume-coupable-complement-dinformation-sur-le-cas-m

Des mensonges, il y a en a eu une bonne tartine dans cette affaire, mais il serait bon de différencier l'incapacité d'un enfant à redire avec des termes précis ce qu'il retient de la réalité et les mensonges conscients des adultes qui cherchent à éviter la prison... http://blogs.mediapart.fr/blog/caprouille/081112/outreau-ou-sont-les-vrais-menteurs

La parole des enfants victimes n'est pas respectée, elle l'est encore moins depuis l'affaire d'Outreau où des enfants terrorisés (menacés de mort ou ayant vu la décapitation du chat d'un des enfants) ont préféré se murer dans le silence plutôt que subir les assauts des avocats sans scrupule..

Je me souviens d'une déclaration de Chérif le 8 décembre 2011 devant le TGI de Boulogne où il comparaissait pour avoir menacé de mort Lavier et 5 autres personnes : "Je sais qu'il y a des pédophiles qui dorment tranquillement dans leur lit parce qu'ils n'ont pas été punis".
Craignant qu'il n'en dise plus, policiers, avocat et procureur avaient fait plusieurs pas en avant de façon précipitée pour tenter de le faire taire. Le faire taire: c'est manifestement une volonté qui s'est répandue à l'encontre de toutes les victimes.
http://blogs.mediapart.fr/blog/caprouille/261211/cherif-delay-le-08-decembre-2011-devant-le-tgi-pour-menaces-de-mort-cont

Je pourrais parler de cette affaire et de l'acharnement mortifère que subissent les victimes pendant des heures, tant il y a à dire... Mais il faudra qu'un jour la vérité sur cette affaire se fasse afin que la justice reprenne ses droits et ses obligations: défendre les victimes, surtout si ce sont des enfants;


Père Villemot Matthieu

Bonjour.
Merci de cet article.
J’ajoute un point : Mr Mucchiielli, dans ses livres, montre combien encore aujourd’hui, les accusations de pédophilie/inceste/abus sur enfant sont plus ou moins bien reçues, y compris par la justice, selon les origines sociales des accusés. On y croira plus facilement à Outreaux qu’au Trocadéro. Prêtre moi-même, j’ai tenu, après les crimes de mes confrères, à être exemplaire 1) dans mon comportement public, 2) dans la diffusion des documents de prévention. Et hélas, je me suis souvent heurté à ce raisonnement idiot : « Vous, père, vous êtes honnête, donc nous qui travaillons avec vous n’avons pas besoin de prévention ». Et si ! La sécurité de tous, y compris ma propre sécurité contre le risque de calomnie, exige que nous soyons tous vigilants. Sur ce sujet plus que sur tout autre crime, on rêve de circonscrire une population « à risque » (adultes risquant d’être violents, enfants risquant de mentir) ce qui permettrait à tous les autres une béate innocence. Comme si l’alcoolisme ne concernait que les alcooliques, et non quiconque vend de l’alcool, en sert à table, apprend aux jeunes à s’en servir convenablement, etc.

Rose-Des-Vents

Vous m'avez faîtes sourire Père Villemot, mais sourire jaune ... Quand j'ai lu que faisiez de la prévention, je me suis dit:" Ah, cool, un prêtre qui a compris qu'il faut avertir les enfants pour qu'ils sachent que le monde autour d'eux n'est pas celui des Bisounours"...
Non non, pas du tout, votre prévention se fait sur les possibles rumeurs ou calomnies qu'ils pourraient laisser courir sur votre compte;

Votre réputation a-t-elle plus d'importance que la vie d'un enfant que le viol détruit?

Jésus n'a-t-il pas dit que celui qui veut être son disciple doit renoncer à LUI-MEME , prendre sa croix et le suivre?

Et prendre sa croix n'est-ce pas avant tout mourir à soi-même afin que les autres puissent vivre?

Quand donc la vie d'un enfant aurait-elle enfin de l'importance? Quand donc la douleur incommensurable des enfants violés sera-t-elle entendue?

L'affaire d'Outreau est loin d'être finie, elle ne le sera que lorsque la justice aura repris ses droits, lorsque les enfants seront de nouveau vus comme vulnérables et qu'il sera enfin appliqué l'ordre divin: protéger les plus faibles, et, en cas de manquement, leur faire droit et justice!

Père Matthieu Villemot

A Rose des vents:
Merci de me demander des précisions.
Ma prévention se fait sur TOUS les domaines impliqués, à commencer par le fait qu'il ne faut JAMAIS accorder une confiance a priori aveugle à un éducateur, moi inclus. Il faut TOUJOURS prévoir des vérifications, compte-rendu, supervision, etc. pour justement protéger les enfants. Et ma thèse consiste à dire que cette opération protège AUSSI du risque de calomnie.

hiking boots vs trail shoes-2

Excellent article. I agree with you at all, especially last section. Keep sharing such good posts.

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