Parents, pensons la réforme des rythmes scolaires ensemble
Fonctionnaires: à vos clichés !

Comment jai rencontré Pamela Druckerman, l'auteure de "Bébé made in France" (et accessoirement, lu son livre)

Bebe made in france
La semaine dernière, j'étais invitée à intervenir dans "Europe 1 midi", par Patrick Roger, qui consacrait son émission au thème de la politesse des enfants. Etaient présents Pamela Druckerman, auteure de "Bébé made in France" ("Bringing up Bébé" en VO) paru ce mois-ci chez Flammarion, et dont le thème a inspiré l'émission. Gilles Verdiani, sympathique et intelligent auteur d'un livre sur son "difficile métier de père", et la célèbre psy Claude Halmos étaient aussi de la partie. Pour ma part, j'étais là comme fondatrice de Maman Travaille et auteure de Eloge de l'enfant roi (François Bourin). J'ai pu débattre, en et hors antenne, avec Pamela Druckerman de sa théorie de la mère-française-parfaite, aussi j'ai eu envie de partager ces échanges et mon avis avec vous.

Si Pamela Druckerman nous voit dans Bébé Made in France comme des françaises clichées, je dois avouer qu'elle est pour sa part, très "américaine" ! Grande, mince, apprêtée, tonique, qui parle cash (avec un accent) et conceptualise beaucoup. Seules son écharpe et son sac Neverfull de Louis Vuitton trahissent une installation à Paris (à cliché, cliché et demi ;)).

En sortant de l'émission, j'ai marché jusqu'à la FNAC des Ternes pour acheter son livre Bébé Made in France et le lire. Je voulais voir si les écrits étaient différents de ce qu'elle en dit dans les médias ou de ce qu'en disent les critiques, qui sont parfois faussées et recopiées les unes sur les autres.

Sa thèse forte ? C'est donc la suivante: les mères françaises - et les pères, mais il est beaucoup question de maternité - seraient plus dures avec leurs enfants que les américaines, et plus égoïstes, aussi, ce qui pemettrait d'avoir des enfants mieux élevés.

La promesse du livre ?

- How come French babies sleep through the night?

Ah oui, mes cernes attestent du contraire pourtant.

- Why do French children happily eat what is put in front of them?

Je ne crois pas non, le PDG des purées Mousseline est sans doute en train de se faire construire une piscine grâce à ma fille

- How can French mums chat to their friends while their children play quietly?

Quietly ? QUIETLY ? On se téléphone Pam, et on voit si tu les trouves quietly ? (calmes, silencieuses)

- Why are French mums more likely to be seen in skinny jeans than tracksuit bottoms? (= joggings)

Pammy, je t'invite officiellement à venir à 8 heures 40 devant l'école et on voit si on est toutes en "skinny jeans" OK ? (On est en tailleurs)

 

Entrons dans le vif du sujet, voici quelques exemples de la mère française d'après Bébé made in France de Pamela Druckerman:

 

- Elle laisse crier / pleurer son bébé.

- Elle fait un gâteau au yaourt par semaine avec ses enfants

- Elle leur donne à manger des salsifis, asperges et du bar (le poisson) fumé (leur plat préféré)

- Quand son gamin est invité à un anniversaire, elle l'accompagne, repart, glande, et revient à la fin pour boire du champagne (!?)

- Elle travaille sans culpabiliser

- Elle est tout sauf "sacrificielle", elle privilégie son propre bien-être

- Elle est obsédée par le "bonjour" vs. la mère américaine qui n'apprend pas ce mot

- Elle ne sacrifie jamais sa vie amoureuse ou sexuelle à ses enfants

- Ses enfants ne jettent pas la nourriture, ils se couchent à 20 heures pile et personne ne va les voir s'ils font des cauchemars

Voilà pour les anecdotes.

Ma première réaction est de dénier ces affirmations - ce à quoi Pamela Druckerman répondrait que "c'est très français, de ne pas être d'accord" (Elle a réponse à tout, je vous préviens, elle est très forte ! Je lui prédis un grand avenir en politique)

Mes enfants ne mangent pas de bar, ne se couchent pas à heure fixe, je ne les laisse pas pleurer.

Bon, je veux bien concéder qu'on fait plus de gâteaux au yaourt que nécessaire. Que je travaille. Et que le "bonjour" est un point important, à mon sens - même si je soulignais dans mon livre Eloge de l'enfant roi le contraste entre ce "Dis bonjour à la dame !" et "Ne parle pas à cette inconnue !".

 

Globalement, donc, j'ai eu la sensation que ce livre de Pamela Druckerman, Bébé Made in France, est plutôt une collection de clichés et de caricatures des mères françaises, décrivant surtout une éducation donnée dans un certain milieu (j'habite dans un quartier plutôt chic mais je n'ai jamais bu de Champagne après un goûter d'anniversaire !) et avec certains principes un peu "Couvent des oiseaux". Je ne connais personne qui laisse pleurer son bébé toute la nuit depuis la naissance pour lui faire "faire ses nuits". Et si on travaille, ce n'est pas sans culpabilité. Et Pamela Druckerman ne démord pas de ses théories - j'aimerais savoir quel est son "échantillon de base", mais a priori, il semble assez homogène et pas forcément représentatif.

Dans sa préface, Elisabeth Badinter explique ainsi que la différence majeure entre les mères américaines et les mères françaises, c'est ce "me first" vs "kids first". Aux Etats-Unis, l'idéologie dominante serait de penser d'abord à ses enfants, et en France, de penser d'abord à soi. Cette affirmation étant étayée par une étude sur le thème "Êtes-vous une mère heureuse ?" à laquelle les américaines auraient répondu "non", plus souvent que les Françaises. Pamela Druckerman en déduit que les mères US sont plus malheureuses. J'en déduis qu'elles ont moins de tabous...

Le point de départ de ce livre de Pamela Druckerman serait un moment passé dans un restaurant, où sa fille jetait la nourriture sous les yeux médusés des autres parents. Mais ceci, Pammy, n'est pas propre aux enfants américains ! Je t'invite à lire mon compte-rendu de tentative d'un week-end calme, luxe et volupté avec deux enfants, et à moins que la Corse ait été annexée par les USA, et que je sois américaine sans le savoir (bien qu'ils nous aient déjà piqué notre constitution, mais c'est un autre débat) tu verras que ce que tu as vécu, n'est pas propre aux américains ! C'est propre aux parents, tout simplement. Je m'échine à le dire comme dans cette chronique sur le Huffington Post.

Donc, le constat de base me semble vraiment faussé.

Cependant... cependant, la caricature sert sans doute un propos que Pamela Druckerman veut sociologique, avec des notes humoristiques. Si l'on prend du recul et qu'on se plonge dans son livre, non pas comme mère française, mais comme lectrice simple, on s'aperçoit que le trait certes forcé met le doigt sur des points cruciaux.

Par exemple, nous les mères françaises, avons baigné dans les théories de Badinter: nous savons, en majorité, que l'instinct maternel est une construction sociale et débattons avec vigueur de nos idéologies éducatives. C'est vrai, Pamela Druckerman a raison, notre taux d'activité est plus fort que celui des américaines, et les "stay at home mothers" sont plus rares statistiquement ici que dans son pays, grâce à notre politique de petite enfance.

Et je ne peux que souscrire à son constat de base sur la culture de l'autorité, (et je note pas mal de contre sens sur Dolto ou Rousseau dont elle semble avoir une vision très... américaine) sauf que contrairement à Pamela Druckerman, je ne trouve pas ça génial, bien au contraire: l'autoritarisme est à la mode, c'est depuis les années 90 le nouveau dogme éducatif auquel il faut se soumettre sous peine de regards en coin - mais ce n'est pas propre à la France, coucou les fans de la "mère tigre" Amy Chua.

 

Faut-il lire ce livre ?

Oui. Oui, si vous avez 18 euros et un peu de temps devant vous, je réponds tout de même oui, ne serait-ce que pour vous faire une opinion ! Et parce que, même si Bébé made in France ne délivre pas la "vérité universelle", son point de vue est tout de même pertinent, si on le remet dans ce contexte.

Non, si vous attendez d'y lire un manuel d'éducation parfaite ou des vérités sur l'éducation à la française - vous risquez parfois de bondir.

Des points intéressants, donc, et une caricature probablement nécessaire et utile, car on fait passer plus de choses par la caricature. Mais un concept de base qui mériterait, justement, d'être nuancé. S'entendre dire qu'on est la meilleure mère du monde peut être plaisant. Mais si être la meilleure mère du monde, c'est donner du bar fumé à ses enfants et les laisser hurler toute une nuit, quitte à se faire hurler dessus par les voisins, déjà un peu moins. Sur son site, Pamela Druckerman explique qu'Amy Chua a a-do-ré son livre. Pas certaine que ça soit un compliment.

Dans "On n'est pas couché" samedi dernier, un chroniqueur a soulevé le gros point négatif à mon sens: le livre a été intégralement traduit, après avoir été écrit pour un public américain et anglais. Donc, on nous parle de nous-même genre "Vous savez quoi ? En France, les mères lisent Françoise Dolto !" qui tombe un peu à plat - un livre miroir sur la façon dont les américaines éleèveraient leurs enfants, d'après Pamela Druckerman, aurait pu être plus intéressant à mon sens.

En tout cas, on n'a pas fini d'entendre parler de Pamela Druckerman: un prochain livre, illustré par Margaux Motin, entend nous donner les clés pratiques de l'éducation à la française. Qui donc, ne grossissent pas, ne dorment pas seules et élèvent leurs enfants parfaitement. Je me demande de quoi on se plaint...

Je vous laisse, je vais faire chauffer des nuggets de poulet surgelés. Parce que pour ma fille, le "bar", c'est un lieu où maman va avec ses copines... Aurait-elle tout de même à moitié raison, Pamela Druckerman ?

 

D'autres critiques intéressantes:

Analyse sur Slate.fr

Sur le blog d'Emma, Mauvaise Mère

Sur le blog de Fashion Mama

 

Ca vous intéresse aussi ! A lire:

Eloge de l'enfant roi sur Doctissimo

 

Commentaires

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LaFeeDuLac

Je n'ai pas encore lu le livre mais j'avais traduit il y'a quelques temps un des articles de Pamela Druckerman sur le sujet (au moment de la sortie de son livre aux États-unis) , je pense qu'il y a effectivement beaucoup de clichés mais qu'il y a un peu de vrai au milieu. Ce qu'il nous manque c'est le miroir, le livre qui nous dirait que c'est mieux chez les Americains̈ et pourquoi ! Parce qu'il y a forcément des points sur lesquels ça se passe mieux la-bas, on le ressent en lisant des blogs d'expats par exemple.

Marine

J'ai lu le bouquin en anglais à sa sortie l'année dernière et, contrairement à toi, je l'ai trouve intéressant, humoristique, super bien écrit (il se lit plutôt comme un roman, pas comme un "guide"), et finalement plus nuancé que ce qu'on pourrait croire.

Le grands principes qu'elle décrit comme les 4 repas par jour, la "pause", le "temps des parents", me paraissent tout de même assez répandus en France, et même s'ils nous paraissent tellement naturels (on ne s'en aperçoit même plus), nous partageons globalement tous ces principes, pour la bonne raison qu.ils correspondent à une seule et unique philosophie, qu'on retrouve un peu partout: dans les crèches, écoles, a la maison. Et c'est cette unicité dans les méthodes d'éducation qui est étonnante pour elle, car elle compare évidemment à ce qui se passe chez elle, aux US:

La bas il n'y a pas UNE ligne d'éducation basée sur le bon sens comme chez nous, il y a une multitude de philosophies et théories crées par des psy, toutes plus paradoxales et loufoques les unes que les autres, qu'une future maman se doit d'étudier, comparer, pour ensuite faire son choix de mode d'éducation.

J'ai une cousine et une amie aux états-unis, qui sont devenues mamans la-bas, et qui m'ont fait exactement cette réflexion: les mères américaines sont hyper psy, lisent bcp de bouquins, sont extrêmement angoissées sur les compétences de leur bébé, car la bas elles se doivent de les stimuler des le berceau (baby gym, baby english, baby yoga...)

Évidemment toutes les mères ne sont pas identiques en France, nous ne sommes pas toutes dans un même moule, mais en regardant les choses dans leur globalité, çette comparaison américaines-françaises me paraît très enrichissante.

Tiens regarde le post que j'avais écrit a ce sujet:

http://unechambreamoi.blogspot.fr/2012/03/bringing-up-bebe-lu-et-approuve.html?m=1

Marine

Bon, j'ai buggé en publiant mon commentaire...

Je te mets donc simplement le lien du post que j'avais fait sur ce thème, ça ira plus vite :-)

J'avais trouvé le bouquin intéressant lorsque je l'avais lu... Voici pourquoi:
http://unechambreamoi.blogspot.fr/2012/03/bringing-up-bebe-lu-et-approuve.html?m=1

FrenchMama

Bien d'accord. Je ne lui filerai pas un centime !

Sof

J'avoue, ça m'intrigue. J'apprends l'existence de ce bouquin aujourd'hui même et, même si c'est apparemment un gros paquet de clichés, j'ai quand même envie de voir ce que ça donne. Mais je crois que je le lirai en VO, ne serait que pour ne pas risquer de voir ses propos déformés.
Moi non plus, je ne laisse pas pleurer mon bébé (sauf hier soir, j'avoue, mais j'étais à bout de force). Je ne rentre pas dans un skinny (mais avant grossesse non plus, d'ailleurs). Je ne dirais pas que je me sacrifie pour mon fils (j'aime pas dire que c'est du "sacrifice", cet enfant, je l'ai voulu et j'étais pleinement consciente que ma vie allait changer et que j'aurais moins de temps pour moi, mais en même temps, j'ai bien vécu avant, du temps pour moi, j'en ai eu pendant des années) mais clairement, il passe avant tout le reste.
Pour le moment, je lui fais des purées / compotes maison, mais s'il n'aime pas un truc, je n'insiste pas. J'aime pas les asperges, je ne me force pas à en manger. S'il n'aime pas les haricots verts, je ne vois pas pourquoi je le forcerais à en manger, c'est juste de la logique (par contre il doit goûter au moins une fois ou deux).
J'ai culpabilisé pendant des semaines quand j'ai repris le boulot, et quand je vois cette petite bouille toute choupi le lundi matin, clairement, j'ai pas toujours envie d'aller au bureau. Même si je sais que c'est mieux pour mon équilibre et le sien.

Voilà, je ne crois pas que les mères soient très différentes d'un pays à l'autre. J'imagine qu'on est toujours tiraillées entre son propre bien-être et celui des enfants. Et qu'on est aussi toujours pleines de bonnes intentions au départ et au final, on ne fait pas forcément ce qu'on veut, mais plutôt ce qu'on peut !!!

Michel

Je suis assez d'accord avec toi, Marlène. Ça enfile les clichés mais il ne faut pas perdre de vue que ce livre a été écrit pour le marché étasunien.Je pense que si on écrivait un bouquin sur l'éducation des petits américains, on enfoncerait aussi les clichés avec un marteau. Bref, ça fait vendre.
Un point négatif : je ne veux pas imaginer ce qui a fait prendre la décision de proposer ce livre au marché français. Tu crois que son éditeur s'est dit "les français aiment tellement se regarder le nombril qu'on va leur proposer un truc qui leur parle d'eux-même et ça va marcher !" ? :-p

Stéphanie G.

Quel tissu de clichés !

Je suis une mère française et je ne me reconnais en rien dans ce qu'elle décrit !
Mes collègues mères françaises et mes copines mères françaises, avec toutes leurs différences (et pas de moindres), ne semblent pas coller franchement non plus !
Mes collègues américaines (pas un panel de 10000 personnes non plus entendons-nous) m'apparaissent en moyenne bien plus autoritaires, mais une fois encore ce ne sont que quelques personnes et je ne crois pas qu'en tirer une généralité soit pertinent!

Mais bon, le cliché c'est facile, vendeur, ça permet de s'identifier à un groupe à peu de frais...

Accessoirement, ça me fait un peu peur le retour de l'autoritarisme. Je trouve qu'on est un peu trop proche de la pédagogie noire décrite et dénoncée par Alice Miller...

Caro kiwi

Petit ajout à la relecture de mon commentaire, le sentiment que ça m'a laissé par rapport à l'éducation à l'américaine, c'est que je me suis demandé dans quelle mesure notre fameux cadre ne restreignait pas les enfants français, leur personnalité, leur confiance en eux... alors que cette "liberté" et cette non abondance de règle et cadre aux Etats-unis semble en faire des adultes très confiants et conscients de leur potentiel.

Voilà c'est tout!

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