Maman travaille au Ministère des Droits des Femmes, avec Najat Vallaud Belkacem
Beyoncé est-elle un modèle de féminisme ?

Pourquoi les femmes s'engagent moins que les hommes en politique ?

Chacun ou presque est d'accord pour affirmer que les femmes doivent être plus présentes dans la vie politique. Mais au-delà de l'action de voter pour une femme, il semble qu'elles soient moins présentes dans la vie politique que les hommes. Les réunions, les actes de candidatures, les meetings restent encore majoritairement une affaire masculine. Alors pourquoi, statistiquement, les femmes s'engagent-elles moins que les hommes en politique ? Qu'est-ce qui les en empêche ou qui les freine ?

Femmes politiques suffragettes

Maman travaille est allée poser la question à 5 spécialistes de l'égalité hommes/femmes, de la politique et de la carrière des femmes. Entre "certificat de baisabilité", tâches ménagères et violence des batailles électorales, voici leurs analyses:

 

Yves Deloison, expert en changements de vie, blogueur sur Toutpourchanger.com et auteur de "Pourquoi les femmes se font toujours avoir ?" Editions First:

"Les femmes privilégient l'action de terrain"


Yves Deloison" Les femmes s'engagent moins que les hommes en politique car elles continuent à privilégier l’action de terrain.

Elles s’impliquent là où elles croient être plus compétentes, l’éducation, le soin ou le social en particulier. Elles se sentent plus utiles ainsi et rechignent à prendre les responsabilités politiques parce qu’elles considèrent cette sphère comme masculine et ne s’y sentent pas à l’aise. Yves deloison pourquoi les femmes

A tort selon moi. On le voit de plus en plus de femmes s’engagent et trouvent leur place. En outre, comment défendre des valeurs quand on refuse de s’impliquer dans le champ du politique? "

Lire ici nos interviews d'Yves Deloison

Lire "Yves Deloison: Rien n'oblige les femmes et les hommes à adhérer aux stéréotypes de genre !"

 

 

 

 

Aude de Thuin, fondatrice du Women's forum et de Osons la France, co-fondatrice des rencontres Aufeminin.com, pendant la Journée Maman travaille:

Aude de thuin
Aude de Thuin à la dernière Journée Maman travaille - Cité Universitaire de Paris

"En politique, il faut subir trop d'attaques personnelles "

" Je ne fais pas de politique, parce que si l'on m'attaque, je pleure. Quand on voit les débats, même entre femmes, actuellement par exemple pour l'élection à la Mairie de Paris, c'est très violent. Il faut subir des attaques personnelles, trop d'attaques personnelles, trop de violences, et je déplore que les femmes jouent ce jeu comme les hommes. Moi, je ne pourrais pas. "

Lire tous nos interviews d'Aude de Thuin

 

 

 

Cédric Bruguière, manager carrières, parrain pour l'association Nos quartiers ont des talents, co-auteur de "Plafond de mère" (à paraître aux éditions De Boeck) et de l'étude statistique Maman travaille "Que veulent les mères actives ?":

" Tant que les femmes seront en charge du foyer, les hommes seront en charge de la cité "

Capture d’écran 2014-02-17 à 11.44.50" Le fait politique a depuis des temps immémoriaux, culturellement, été l'apanage des hommes dans la répartition des rôles, en résumé: les hommes en charge des affaires de la cité, les femmes en charge des affaires du foyer.

Aujourd'hui, les lignes bougent mais le choix d'entrer en politique nécessite en engagement temporel très important, et une disponibilité quasi totale. ce besoin de disponibilité se heurte à l'organisation de la vie de famille qui, statistiquement, reste encore majoritairement dévolue à la femme - dans 65% des familles par exemple, elles sont seules responsables de la vie scolaire d'après l'étude Que veulent les mères actives ? présentée en juin dernier."

Lire ici l'étude Maman travaille:  1 mère sur 2 a déjà renoncé à une opportunité professionnelle pour privilégier sa vie de famille

 

 

 

Barbara Nativel, politologue et coach, co-auteure de La Minute psy, fondatrice du réseau interprofessionnel Nice to meet you, business coach:

"Les femmes feront plus de politique quand leurs collègues de l'Assemblée nationale arrêteront de les 'traiter' de putes."

Barbara Nativel
Barbara Nativel - à une soirée de son réseau Nice to Meet You

" Elles s'engagent moins parce la politique est en soi un terrain viril, où on ne parle pas de concurrent (comme dans l'entreprise) mais d'adversaire. La politique, ce n'est pas que de l'engagement, c'est aussi des luttes, voire de la castagne. On est sous la bannière de la compétition et la conquête de territoire. C'est un monde guerrier. On gagne où on perd les élections, comme on gagne ou on perd une bataille. D'ailleurs, on parle de bataille électorale. Les femmes, si l'on schématise, sont plus intéressées par les causes à défendre que par le pouvoir. Les hommes, en gros, c'est le contraire.

D'ailleurs, les femmes font de la politique, mais autrement. Aude de Thuin fait de la politique quand elle fonde le Women's Forum. Je fais de la politique, quand le moteur de mon action est la promotion professionnelle des femmes. Tu faisais déjà de la politique en fondant le blog Maman Travaille. La politique c'est impulser et fédérer autour de valeurs, de convictions, d'actions et de propositions.

Quand les femmes se verront, et ça commence à se voir, en position d'éligibilité sur les listes électorales. Quand pour les législatives, on ne leur filera plus des départements où l'opposition est indéboulonnable. 

Elles feront plus de politique, aussi, quand leurs collègues à l'Assemblée arrêteront de les "traiter" de putes ou équivalent. J'ai diné hier avec un copain, militant socialiste actif depuis longtemps. Je lui ai demandé pourquoi au PS, on n'avait pas propulsé la candidature de Martine Aubry et qu'on avait fait passer officiellement l'idée que François Hollande était l'homme de la situation pour les présidentielles, alors que tout le monde au parti savait que c'était Aubry la bonne personne. Belle opération d'intox et de manipulation, au passage.

Deux réponses, et en tant que politologue, j'opte pour la même réponse. La première est, qu'au départ, elle s'était effacée de la candidature au profit de DSK. Au PS, on en a conclu qu'elle n'avait pas la niaque et qu'elle n'était pas motivée pour le poste, alors que Hollande faisait son Sarko : "j'en rêve tous les matins, quand je me rase". C'est intéressant car on voit là deux postures : Hollande est dans : "je veux être khalife à la place du khalife", Aubry était en l'occurence dans : "qui est l'homme (la bonne personne) de la situation le plus en passe de faire gagner les élections à la gauche pour qu'elle revienne au pouvoir". A l'époque, il n'y avait pas meilleur choix que DSK. Donc l'un pour sa pomme, l'autre pour la cause. Aubry, la niaque, elle l'a et pas qu'un peu - et elle l'a prouvé mainte et mainte fois.

La deuxième raison, qui est sans doute la vraie, ou du moins la plus importante et qui d'ailleurs va avec la première, c'est tout simplement parce qu'elle est une femme ! Et oui, c'est ce qu'il m'a dit avoir entendu dans les rangs du parti ! Si un mec avait eu la position d'Aubry (laisser la place à DSK), je ne suis pas sûr qu'on aurait ensuite la même analyse sur sa candidature ultérieure. Mais là, c'est une supputation, pas des faits, ni des constats. Un politologue, ça ne suppute pas..."

Lire ici l'intervention de Barbara Nativel sur les constellatons familiales: "Nos freins ont à voir avec notre famille d'origine"

 

 

 

Isabelle Germain, fondatrice du site Les Nouvelles News, chevalier national de l'Ordre du mérite, membre du Haut Conseil à l'Egalité hommes/femmes:

" En faisant de la politique, dans l'imaginaire collectif, les femmes perdent en charme. "

Isabelle germain
Isabelle Germain - Crédit photo Girl Power 3 / BNF

" Il y a une foule de raisons pour lesquelles les femmes s'engagent moins en politique que les hommes: d'abord les femmes ont autre chose à faire notamment avec les mômes, la société qui leur fait injonction de s'en occuper, d'être présente physiquement, assignée à la maison...

Mais c'est surtout parce qu'elles y trouvent moins de gratifications. Dans notre imaginaire collectif, un homme qui s'engage en politique, qui conquiert le pouvoir gagne en virilité, en visibilité... en charme.

C'est valable aussi pour les postes de pouvoir en entreprise. Dans notre imaginaire collectif encore, pour un homme, la réussite, c'est la réussite professionnelle ou politique tout court alors que pour une femme, c'est la réussite de sa vie familiale, de son intérieur, de son brushing, de son pot-au-feu et un peu de sa vie pro. Du coup, les femmes ne courrent pas après le pouvoir. Elles ont même tendance à le bouder car une femme de pouvoir est vite perçue comme virile, cruelle, méchante... bref nombre de considérations qui font chuter son taux de baisabilité.
 
Du coup quand elles s'engagent en politique, elles le font sur des petits postes, en second rôle, elles font le boulot mais elles n'ont ni les honneurs, ni les indemnités. Pas super attractif.
 
J'ajoute que j'ai beauccoup d'admiration pour les femmes qui s'engagent et bravent ces stéréotypes. Les élues que je fréquente (via le Haut conseil à l'égalité hommes / femmes notamment) sont des femmes engagées, centrées sur l'action politique et complètement détachées des honneurs."
 
 
 
 
Pour résumer, les femmes s'engagent moins en politique que les hommes parce que:
 
  • Les femmes peinent déjà à concilier vie pro / vie perso, la vie politique leur ajouterait une "couche"
  • La réussite des hommes se mesure à leur réussite sociale, extérieure, au pouvoir alors que celle des femmes se mesure à leur capacité à tout faire (donc à "réussir discrètement", plutôt dans leur vie privée)
  • Le pouvoir des hommes attire les femmes; le pouvoir des femmes rebute les hommes
  • Partant de ces constats, il faut pour s'engager politiquement déjouer ces stéréotypes, ce qui ajoute une lutte à la lutte
  • La violence des batailles politique se marie mal avec l'éducation que l'on donne généralement aux petites filles (être calme, se taire, ne pas bouger...)
  • J'ajouterai une phrase qu'un ex-collaborateur de Ministère (pas celui des droits des femmes rassurez-vous) m'a dite récemment: "Pour faire de la politique, il faut vivre pour ses convictions, être prédateur, il faut vouloir séduire, convaincre, agir, et il faut avoir envie de tuer ses adversaires. Toi, tu vis pour des convictions, tu es prédatrice, tu veux séduire, convaincre, agir, mais tu as plus envie de materner tes adversaires que de les tuer. Si tu ne changes pas ça, tu n'y arriveras pas." Pas de commentaire. 

 

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Maman travaille au Ministère des Droits des femmes - rencontre avec Najat Vallaud-Belkacem

NKM: " Ma belle-mère vit chez moi !"

Les secrets de conciliation vie pro / familiale des femmes politiques

Maman travaille au Women's forum 2013

 

A lire aussi: "Maman travaille... et maman s'engage ! Portrait de Marlène Schiappa" par Marie Donzel, sur le blog du Programme EVE

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