12 moments que tout "Maman travaille" a déjà vécu
Pascale Boistard, Secrétaire d'Etat aux Droits des Femmes: "Je sens un changement dans la jeune génération..."

Pourquoi Maman travaille et pas "mes deux parents quel que soit leur genre ou beaux parents exercent une activité professionnelle, rémunérée ou non, à plein temps ou non, ou cherchent à en exercer une ?"

Régulièrement, la question "pourquoi Maman travaille ?" se pose.

Enfin plus exactement, elle se pose lors des "pics" de nouvelles visites ou de nouveaux membres de Maman travaille qui ne connaissent pas nos actions. J'en avais fait le thème de mon discours d'ouverture de la Journée Maman travaille de 2013. Alors un petit rappel me semble intéressant...

Maman travaille a été créé en 2007-2008. A l'époque il n'existait aucune charte de la parentalité en entreprise, les RSE ne s'intéressaient que très peu au sujet. Certains médias ne voulaient pas entendre parler de conciliation vie pro / vie familiale. Elle était encore beaucoup perçue via le prisme féminin. Alors oui affirmer "Maman travaille" et une identité de femmes enceintes ou jeunes mères était un positionnement clair.

Maman travaille a dès sa création milité pour l'égalité parentale. On m'a d'ailleurs reproché d'avoir co signé avec des élues et psychologues une tribune dans Libération en faveur de la garde alternée ou partagée comme règle de base en cas de séparation.

Dans les 10 propositions que nous avons édictées et portons depuis 7 ans dans les entreprises et dans les institutions, on retrouve en n°1 l'allongement et le meilleur paiement du congé paternité. Nous militons pour que les pères puissent prendre en paix les journées enfants malades comme le Code du Travail le prévoit et comme peu d'entre eux le font, parce qu'ils sont victimes du présentéisme et de ces "normes masculines du pouvoir" édictées par Catalyst auxquelles nous faisons souvent référence.

En 2009, nous avons d'ailleurs lancé "Papa travaille" avec quelques amis et mes associés de l'époque. Ca n'a pas pris. Les pères qui contribuaient avaient envie de parler de finances, de technologies, de ressources humaines et de gestion de carrière, très peu d'éducation des enfants. Peut-être n'avons nous pas rencontré les bons, mais notre partenaire de diffusion MSN Finances nous avait pourtant accordé une large audience. Peu de pères présents aussi, aux rendez-vous.

En 2012, nous avons organisé une Journée Maman travaille et l'une des conférences était consacrée au "dégenrage" des politiques de parentalité au travail. Nous avons fait en sorte de mettre les pères sur le devant de la scène.

En 2013 nous avons intitulé une de nos conférences "Maman travaille, papa pouponne ?.." Parmi les intervenants, le vice président du syndicat des sages-femmes, un DRH, un père au foyer... des sociologues spécialistes des "couples à double carrière", comme on les appelle.

La semaine dernière, nous étions au Ministère des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes et avons demandé à la Ministre et à son équipe ce qui était prévu en direction des pères.

Voilà pour les actions militantes.

Maintenant, soyons très claires: la problématique de la conciliation vie pro / vie familiale est partagée.

Mais faire comme si les pères renocntraient exactement les mêmes difficultés que les mères, ce serait mentir.

 

Maman travaille parce que c'est la mère qui est considérée comme un "agent à risque" et donc, pas toujours recrutée.

Maman travaille parce que c'est dans 65% des familles la mère qui gère seule les questions liées à la vie scolaire (source étude Maman travaille)

Maman travaille parce que les femmes gèrent 80% des tâches ménagères (source Laboratoire de l'égalité)

Maman travaille parce que les mères dorment 2h30 de moins que les pères et que 63% des mères qui travaillent se déclarent épuisées.

Maman travaille parce que ce sont les mères qui reviennent au travail avec des cicatrices d'épisiotomies ou de césariennes, et que oui, ça induit des changements et des problèmes, dans certains cas.

Maman travaille parce que c'est la mère qui accouche.

Maman travaille parce que la mère est pénalisée financièrement et touche en moyenne 13% de moins que le père (source INED)

Maman travaille parce que la mère souffre du "mommy penalty" et le père du "daddy bonus"

Maman travaille parce qu'il existe un plafond de mère

Maman travaille parce que ce sont les femmes qui occupent en majorité les temps partiels subis

Maman travaille parce qu'une mère sur deux a déjà renoncé à une opportunité pour préserver sa famille

Maman travaille parce que le taux d'activité des femmes chute dès le 2è enfant et pire après le 3è enfant

Maman travaille parce qu'il y a encore des gens qui considèrent qu'on est une "mauvaise mère" si l'on n'accompagne pas ses enfants à l'école le matin; alors que personne ne dira à un homme qu'il est un mauvais père s'il rentre après 19 heures tous les jours

 

Je ne sais plus qui a dit nier les inégalités, c'est rajouter de l'inégalité à l'inégalité.

Certes il existe des hommes impliqués, certes il existe des couples où la femme est beaucoup mieux payée et où l'homme s'occupe des enfants, nous en parlons très souvent sur ce blog et dans nos rencontres.

Mais "Maman travaille" oui, MAMAN travaille parce que derrière ces deux mots, il y a une réalité et un combat que nous entendons mener.

 

Rencontre Maman travaille le vendredi 14 novembre: inscriptions et informations

 

A lire ailleurs

12 moments que toute "Maman travaille " a déjà vécu: avec une précision dans l'intro, cela peut s'appliquer aussi aux pères... j'aimerais vraiment que les hommes offusqués parce qu'on écrit "toute mère a déjà vécu le moment où son enfant régurgte sur son tailleur propre à 8h-02" s'offusque aussi des inégalités salariales; et s'engage pour les combattre. Vraiment. Surtout quand on précise "Valable aussi sur les chemises propres des jeunes pères".

Enquête de l'INED sur le partage genré des activités parentales 

Interview de Claire Caminade du CIDFF: "La conciliaton vie pro / vie familiale concerne en premier lieu les mères"

 

Commentaires

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Amélie

Bonjour,
à la fois je suis totalement d'accord avec la spécificité des difficultés maternelles et à la fois je pense qu'il faut à chaque fois que possible élargir la problématique sur le droit à une vie personnelle, pour les hommes, pour les mères, pour les femmes, pour les pères.
je suis syndiquée et nous avons la chance d'avoir parmi les représentants du personnel un homme qui accorde beaucoup d'importance à sa vie familiale. je vois comment la perception de la DRH change quand il parle, par rapport à moi, même avec les mêmes arguments, le même ton etc.
mais là où on arrive à faire douter et presque fléchir les vrais décideurs c'est quand on sort totalement de la problématique familiale et qu'on explique qu'on ne peut pas être créatif, innovant, et même efficace à long terme etc en partant tous les soirs à 21h, que la vie personnelle (la famille, aller au théâtre, dîner avec des amis) nourrit et ressource pour le plus grand bénéfice de l'employeur.

donc vive maman travaille et vive toutes les autres initiatives qui se mettent en synergie pour le bien-être de tous et toutes !

Charlotte

Je suis d'accord avec beaucoup des spécificités relevées. Par ailleurs, on ne peut pas nier le plafond de mère, les inégalités salariales, etc.
Cependant,je pense sincèrement que le combat pour l'égalité parentale est une des clés de la résolution des problèmes des femmes dans le monde du travail. Par exemple, et en caricaturant un peu, si au lieu d'excuser les femmes qui ne peuvent pas assister à des réunion après 18h, on faisait en sorte que les pères aient envie (ou soient obligés) de rentrer s'occuper aussi de leurs enfants autant que les mères, je pense qu'on arriverait à une solution beaucoup moins sigmatisante pour les femmes (et à la disparisation des réunions à des heures indécentes).
Par ailleurs, et ce que je vais écrire n'est sans doute pas politiquement correct, mais j'ai aussi l'impression que certaines femmes s'enferment parfois dans leur rôle de mère et creusent presque le trou professionnel dans lequel elles tombent.
Personnellement, ma carrière a connu un boum (relatif) juste après mon retour de congé maternité (je suis avocat ... on ne peut dire que cette profession brille par son ouverture en faveur des femmes, notamment dans les cabinets d'affaires où j'exerce).
Pourtant, je suis loin des archétypes de la femme d'affaires qui a les dents qui rayent le parquet. Je me suis certes arrêtée très peu de temps avant mon accouchement (moins de 15j) mais j'ai pris un véritable congé maternité de 20 semaines (sans un oeil sur mon blackberry) et quand je suis revenue, j'ai réduit mon amplitude horaire de travail pour arriver à un 9h30-19h/19h30 qui me permet d'accompagner ma fille à l'école chaque matin et de la voir 1h le soir.
En revanche, je ne vais pas la chercher à la sortie de l'école, je n'accompagne pas les sorties scolaires(enfin si 1 fois en 2 ans), je ne suis pas avec elle le mercredi, je la fais garder quand elle est malade, je retravailler souvent de chez moi le soir, etc. Et quand certains soirs, il faut rester un peu plus tard, je le fais (en comptant sur le papa, une baby sitter ou les grands parents s'ils sont là).
Je précise que nous rentrons probablement dans la fameuse catégorie des "couples à double carrière" car le papa qui travaille dans un domaine différent, est à la fois aussi pris par son travail que moi et aussi présent auprès de notre fille. On mise donc tout sur une organisation en béton et à la seconde.
Je ne sais pas si je suis claire. Ce que je cherche à dire c'est que certes le monde du travail doit évoluer pour mieux prendre en compte la conciliation vie pro/vie perso, mais les mères doivent aussi accepter que, dans une certaine mesure, vouloir une "carrière" professionnelle implique de renoncer à certaines choses.
Je suis personnellement contente des choix que je fais. Ma mère a fait les mêmes lorsque j'étais enfant et je n'en ai jamais souffert : je sais donc que tout se passera bien avec ma fille et d'ailleurs je la trouve à ce jour bien dans ses baskets, à la maison comme à l'école.
Je comprends tout à fait que d'autres mères ne souhaitent faire de même et leur plaisir/besoin à être très présentes pour leurs enfants et je ne le juge pas. Simplement, il me semble aussi logique qu'on ne peut pas absolument tout avoir en même temps. Pour moi "faire carrière" et être partie du bureau à 17h tous les jours pour être à la sortie de l'école/de la crèche est un peu illusoire (en tout cas, dans les métiers de cadres de bureau qui me sont familiers).

Marie-Audrey

Pour répondre à Charlotte:
Je suis cadre, ingénieur dans la même boite depuis 5 ans, maman depuis 3 ans, je travaille de 8h à 17h30, pas le mercredi après-midi, je ne ramène jamais mon pc chez moi et ma carrière se porte très bien. Mes supérieurs hiérarchiques sont contents de la qualité du travail que je fournis et en même temps je vois mon fils grandir. Quand il est malade, on (mon mari, ingénieur qui lui travaille de 9h à 18h, ou moi) prend notre journée enfant malade car c'est de nous que notre fils à besoin pour être rassuré.
J'ai pris mes 8 semaines de congé pré-natal et 6 mois suite à sa naissance. Et à mon retour, ô miracle, l'entreprise avait survécu.
Madame il ne faut pas généraliser votre cas. Oui on peut mener une carrière interessante, être en couple avec quelqu'un qui mène une carrière intéressante et prendre du temps pour son enfant. Compter sur les grands parent n'est pas donné à tout le monde et embaucher une nounou n'est ni financièrement, ni affectivement acceptable pour tous.
Vouloir à tout prix faire du présentéisme n'est qu'une question d'apparence dans certains métiers comme le mien car il suffit de savoir optimiser son travail pour pouvoir tout faire dans le temps imparti. D'ailleurs je fournis une qualité de travail supérieur à mon prédécesseur qui lui restait travailler jusqu'à 20h parfois!
Pour avoir d'ailleurs travaillé dans les pays scandinaves ou l'égalité homme-femme est plus acquise qu'en France, tout le monde fini le travail à 17h et personne n'envoie de mail le samedi soir à 22h depuis son iphone.
Il me semble que l'économie de ces pays ne s'en porte pas plus mal pourtant!
J'espère de tout coeur que les mentalités ici changeront et vite.

Marie Grain de sel

merci ! ;-)
Je note le 14 novembre et j'espère venir !

Ana

Bonjour à tous,

Je suis d'accord avec Charlotte, c'est complètement logique:" si tu vas à droite, par conséquent tu vas pas à gauche !"
Je suis maman d'une petite de 5 mois et avant j'étais cadre itinérant dans un cabinet de conseil. Oui, vous avez compris ITINERANT est le mot de trop...
J'envisage désormais de faire du conseil (il vaut mieux rester dans ce qu'on sait faire) mais via d'autres formes: email, téléphone, Skype, réunions juste dans les grandes ville dans la journée...)
Ce sera sans doute compliqué de trouver une structure qui me le permette alors je vais devoir "lacher" encore autre chose.
Itinérant: c'est fait, peut être: salaire (grrrr)ou domaine d'expertise...
Enfin, tout ca pour dire que NON on peut pas tout avoir et que c'est bien ce qui est rassurant car le mot "priorités" prends tout son sens et donne de la valeur aux choix et leur résultats dans le futur !
Voilà...
Une nouvelle vie commence, tant mieux !

Paul

Vivie Marie-Audrey !!
Moi je n'ai pas d'enfants et pourtant ce culte de rester jusqu'à 19 h 30 au boulot m'insupporte.
Changer les mentalités c'est surtout admettre qu'on peut être un vrai cadre sup avec une belle carrière et sortir en général à 17 h 30 (sauf pic de travail ponctuels comme on en connaît tous). Qu'on soit homme ou femme, avec ou sans enfants.
Non, avoir une "carrière" ne devrait jamais obliger à renoncer à autre chose. Et si vous n'avez pas de plaisir/besoin à être avec les enfants entre 18 h et 20h, libre à vous de les laisser à la nounou pour aller faire du sport ou autre chose. Vous n'en serez pas pour autant un mauvais père ou une mauvaise mère.

La seule chose à laquelle il faut renoncer c'est à cette culture du soupçon et du contrôle permanent comme attribut du pouvoir des chefs.

Ma chef heureusement fait 9 h - 17 h et ne travaille pas le mercredi après-midi et sa carrière va très bien, merci. Pour autant elle n'a ni parents, ni beau-parents, ni nounou (trop cher) et peu de mari (pour X raisons) disponible. Elle a juste une capacité de concentration énorme et une belle dose de confiance en elle pour oser demander ces aménagements sans jamais se sentir obligée de s'en excuser et en sachant la valeur de son travail. Une telle chef c'est un puissant moteur pour une équipe.

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